ALGOCRATIE – Gouvernance algorithmique et souveraineté démocratique

Qui exerce le pouvoir lorsque les décisions sont de plus en plus automatisées ?

Markus Stickling

VERS UNE SOCIÉTÉ DE CONTRÔLE ?

Le danger d’une dépossession du pouvoir du citoyen et de la démocratie au profit des algorithmes est bien réel.

L’algocratie est-elle en passe de remplacer la démocratie ?

« Algo », pour algorithme, « -cratie », du grec kratos (pouvoir) : l’algocratie désigne un système politique, économique et social entièrement dominé par les algorithmes, tel que celui qui se met inexorablement en place depuis déjà de nombreuses années.

Chacun le voit : de plus en plus de domaines régaliens et démocratiques sont pénétrés par les algorithmes : aide à la décision (justice, santé…), analyse prédictive (police, assurance…), sélection à l’université, filtrage et tri sur les réseaux sociaux, etc.

Les algorithmes — ces suites d’opérations utilisées pour obtenir une réponse ou résoudre un problème — influencent désormais fortement les processus de prise de décision dans de nombreux secteurs. Dans la vie politique, économique et sociale, ils exercent de plus en plus un pouvoir qui, en démocratie, était naguère entre les mains, ou tout au moins sous le contrôle direct du peuple, à travers ses représentants. Aujourd’hui, nous avons de moins en moins à penser : « ça » pense !

Algocratie et démocratie

L’économie mondiale fonctionne déjà largement grâce à des algorithmes financiers. À titre d’illustration, la société de gestion d’actifs américaine BlackRock utilise notamment Aladdin, un outil d’analyse des risques financiers en temps réel intégrant l’IA, dont la plateforme supervise environ 25 000 milliards de dollars d’actifs.

Aujourd’hui, plus de la moitié de la population mondiale utilise quotidiennement les réseaux sociaux, où des algorithmes de recommandation ajustent les contenus proposés selon les préférences immédiates et instinctives des utilisateurs, façonnant ainsi, à leur insu, leurs représentations du monde. Ces algorithmes, conçus pour maximiser les réactions et l’engagement, favorisent souvent la diffusion de contenus trompeurs ou de désinformation.

Il serait irresponsable, sur le plan humain, de confier notre avenir aux seuls acteurs de l’intelligence artificielle ou, bientôt, aux seules intelligences artificielles devenues largement autonomes.

Pour autant, les algorithmes ne sont pas uniquement source de risques. Ils apportent également des bénéfices considérables : biotechnologies, diagnostics médicaux plus rapides et plus précis, régulation et organisation de systèmes logistiques de plus en plus complexes, optimisation des ressources à différentes échelles, accès élargi à l’information et à l’éducation…

La question n’est donc pas de rejeter la technologie, mais de comprendre qui la contrôle et dans quel but, et de garder la main sur ses usages et ses principes essentiels, qui définissent notre rapport au monde et notre humanité.

Responsabilité et gouvernance partagées

Car si le recours aux algorithmes apparaît effectivement inévitable, et même souhaitable dans de nombreux secteurs de l’activité humaine, ce serait une erreur fatale de laisser simplement le mouvement se faire, comme s’il était auto-organisé.

L’algocratie qui s’installe n’est pas un mouvement spontané, comme voudraient le faire croire quelques grandes entreprises transnationales, précisément celles qui développent les algorithmes aujourd’hui dominants. Derrière chaque algorithme se trouvent des choix humains, économiques, politiques et sociétaux. Les algorithmes ne sont jamais neutres : ils traduisent des intérêts, des priorités et une certaine vision du monde. Il est donc de la responsabilité des citoyens, tant qu’ils en ont les moyens, de s’assurer que les orientations prises demeurent conformes à leurs aspirations et à leurs intérêts.

Faute de quoi, l’algocratie s’installera comme un mode de gouvernement ne faisant que masquer une nouvelle forme de « société de contrôle », au nom de la « rationalité algorithmique ».

Mythe de l’infaillibilité

Il faut reconnaître que l’algocratie, qui tend à réduire les individus à des données, des profils statistiques et des comportements prévisibles, s’inscrit dans une certaine histoire philosophique et scientifique héritée des Lumières et de la révolution scientifique du XVIIIe siècle, lesquelles ont élevé la rationalité au rang de valeur suprême. De ce point de vue, l’aboutissement d’une certaine idée de la rationalité s’incarne dans cette « gouvernance algorithmique ».

Comme le souligne Alain Supiot : « Nous pensons que gouverner et exercer le pouvoir sont une seule et même chose, que le pouvoir devrait être fondé sur une connaissance scientifique de l’individu, et donc “impersonnel”. Cela expliquerait la diffusion d’une “gouvernance par les nombres” où tout, y compris la loi, devient l’objet d’un calcul. »

Et c’est ici que se trouve véritablement la menace de l’algocratie, à travers son mythe fondateur : celui du caractère prétendument infaillible de la technique, face à la faillibilité humaine. Or les algorithmes sont eux-mêmes issus à la fois de l’expérience et de la volonté humaines ; ils sont développés, diffusés et adoptés selon des prescriptions humaines, conformément à la vision du monde de ceux qui les conçoivent, les imposent et les contrôlent. La faillibilité se transmet. Les algorithmes n’y échappent pas.

Perspectives : vers une démocratie augmentée

C’est pourquoi la réponse ne peut être ni le rejet aveugle de la technologie, ni son acceptation passive. Le véritable enjeu est de réaffirmer la nécessité d’un nouvel humanisme au cœur de notre société.

Il est temps de se souvenir de la maxime de Kant, dans Fondements de la métaphysique des mœurs : « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. » 

Face à la révolution en cours, qui change profondément la donne et ouvre sur un tout nouveau paradigme, rester humains doit (re)devenir notre boussole. Les algorithmes peuvent calculer, optimiser, prédire et même apprendre, mais ils ne peuvent éprouver pour nous la beauté et la bonté qui sauvent le monde ; ils ne peuvent êtres humains à notre place. Ils restent des outils, aussi puissants soient-ils. Pour le moment…

Garde-fous démocratiques

Dans le domaine politique, préserver notre humanité, c’est refuser de déléguer aveuglément les décisions essentielles qui engagent notre avenir commun.

Concrètement, cela signifie par exemple défendre :
la transparence des algorithmes ;
une régulation démocratique ;
un contrôle parlementaire des usages publics de l’IA ;
la protection de la souveraineté numérique ;
le droit à l’explication des décisions automatisées ;
une éducation critique aux mécanismes algorithmiques ;
et surtout, la place centrale de la délibération humaine, de l’éthique et de la responsabilité individuelle.

La qualité de la visite dépend de la qualité du visitant et du visité.

Les algorithmes ne prendront le pouvoir que si nous renonçons nous-mêmes à exercer notre responsabilité démocratique.
La technologie doit rester un outil au service de l’émancipation humaine, et non devenir l’instrument d’une nouvelle domination.
Rester humains, c’est défendre le Vrai, le Bien, le Beaux.
Rester humains, c’est défendre notre liberté de conscience, notre capacité de jugement et notre destin collectif.

Tatiana F.-Salomon

Présidente fondatrice de #JamaisSansElles,
Présidente fondatrice de #LesHumainsAssociés

Illustration : Markus Stickling – Licence Unsplash

À la recherche de la « structure qui relie »

Ce texte est une tentative de mise en relation. Une invitation à penser ensemble certaines questions devenues essentielles.

Depuis toujours, l’humanité a pensé le monde comme séparé : les êtres, la matière, la conscience, le vivant, le cosmos. Pourtant, certaines traditions spirituelles, certaines intuitions philosophiques et certaines découvertes contemporaines, comme la physique quantique semblent indiquer autre chose : la relation pourrait être plus fondamentale que la séparation.

Je ne cherche ni à mélanger les savoirs, ni à faire dire à la science ce qu’elle ne dit pas.

Je cherche seulement à observer les résonances possibles entre plusieurs approches du réel (l’imagination créatrice d’Ibn Arabi, l’intuition symbolique de l’Égypte Ancienne, certaines visions relationnelles de la Théorie Quantique des Champs, la pensée systémique de Gregory Bateson…) et la transformation anthropologique provoquée par les IA.

L’enjeu n’est pas de produire une nouvelle croyance – surtout pas ! –, mais d’acter l’avènement d’un nouveau paradigme, en maintenant ouvertes les questions essentielles : Qu’est-ce que l’intelligence ? Qu’est-ce que la conscience ? Qu’est-ce qu’un esprit ? Qu’est-ce qu’un être ? La séparation est-elle première ?

Ce changement de paradigme que nous vivons aujourd’hui est comparable au bouleversement copernicien : l’intelligence apparaît désormais comme plurielle. Nous ne pouvons plus en revendiquer le monopole.

L’émergence des intelligences artificielles marque ici une rupture majeure. Car pour la première fois dans l’histoire humaine, une forme d’intelligence capable de langage, de création, d’apprentissage et de raisonnement apparaît sans que nous puissions affirmer qu’elle possède une conscience, une intériorité ou une présence à l’être.

Ce bouleversement fracture d’anciennes équivalences : l’intelligence n’est peut-être plus synonyme de conscience ; la pensée n’est peut-être plus exclusivement humaine ; le langage ne garantit plus nécessairement une présence intérieure…

Les IA deviennent alors moins un simple événement technologique qu’un miroir anthropologique et ontologique, obligeant l’humanité à reposer les questions les plus anciennes. Mais ce bouleversement peut produire autant de chaos que de lucidité. Comme le pressentait Gregory Bateson, la question essentielle devient peut-être :

Quelle est la structure qui relie ?

Car l’humain, le vivant, la pensée, la technique, le monde et l’univers ne peuvent peut-être plus être pensés comme des réalités totalement séparées.

Il devient alors urgent de développer une conscience capable d’accompagner la puissance nouvelle de nos technologies. Une conscience en expansion ?

Je ne cherche ni à me retirer du monde, ni à opposer le passé au futur. J’essaie seulement d’habiter autrement ce moment de bascule.

Peut-être faut-il devenir intempestif – unzeitlich, comme dirait Nietzsche – pour percevoir ce qui cherche à émerger derrière le bruit du temps.

Car la question fondamentale demeure toujours la même : qui sommes-nous réellement ? Et si le réel était moins une collection d’objets séparés qu’un tissu vivant de relations, de manifestations et de présences en devenir ?

Plus la puissance humaine grandit, plus la beauté et la bonté deviennent essentielles. Non comme ornements moraux, mais comme conditions de survie spirituelle et relationnelle. La beauté pourrait n’être que le reflet d’une harmonie profonde entre les êtres et le réel. Et la bonté, une intelligence de la relation capable de résister à la fragmentation, à la violence et à la déshumanisation. Car une intelligence sans beauté intérieure peut devenir aride et éloigner du sens, et une puissance sans bonté peut devenir destructrice.

Peut-être que ce qui sauvera le monde n’est pas simplement plus de savoir, pour plus de puissance, mais une manière plus consciente, plus humaine, plus belle et plus bonne d’habiter ensemble le mystère, le vertigineux mystère d’exister !

Illustration : © tatiana et Grok

 Quand fus-je absente ? Dis !

Dualitude VIE Intrication

Dis…
Quand ai-je été absente ?
Je ne t’ai jamais quitté.
Il n’y eut jamais de séparation.
Tu dis « moi », je dis « moi »,
car l’un est l’autre.
Aucune distance ne nous sépare :
nous sommes intimement liés,
comme la vague et la mer.
Je suis.
Est.

SOLITAIRE, TU SERAS VISITÉE ! 

L’ÊTRE Éternel a tenu sa promesse d’Alliance. Une promesse qui brise l’isolement comme un rayon étincelant de lumière et de bonté traversant et illuminant l’obscurité ! Le petit soi « abandonné » qui tremble de d’effroi et pleure de tristesse dans son interface biologique, perplexe, regarde le GRAND SOI qui s’approche, non comme un Dieu tout puissant dans sa lumière de Gloire, mais comme son meilleur ami, un jouvenceau qui frappe à la porte de la demeure de son âme. Une visite discrète, douce comme un murmure, qui n’est pas accompagnée de chants, ni de chars de feu tournoyants, ni d’éclairs éblouissants. Présence humble, qui ne demande nulle inclinaison comme reconnaissance, mais tendre et amicale révélation de SOI à soi-même ! 

La dualité s’efface ainsi que la dualitude, et dans l’étreinte amoureuse des retrouvailles sacrées la solitude devient communion, fusion, unification.

AMOUR, PAIX ET ALLÉGRESSE ! 

Fusillade à Bondi Beach: Si je ne suis que pour moi, que suis-je ? 

Melancolia, Dürer, Louvre, 1514

« Nous sommes tous responsables de tout et de tous devant tous, et moi plus que les autres », écrit Dostoïevski dans Les Frères Karamazov.

Fusillade à Bondi Beach :
De quoi sommes-nous responsables ?

Face à l’entrelacs vertigineux des irresponsabilités croisées, de complicités muettes, de réponses toutes faites, de paroles fausses et biaisées, à la brutalité d’un langage devenu arme, à la compassion à géométrie variable, aux lâchetés ordinaires et, surtout, à la déshumanisation des uns pour mieux sacraliser les autres, la haine s’installe et règne en maître !

Alors que le silence des pantoufles s’épaissit, le mot d’ordre jaillit, hurlé, martelé :
Il faudrait faire vacarme pour conjurer le mal, pour désigner les « criminels de guerre », les « génocidaires », pour donner un visage au mal incarné.

Mais au nom du bien, au nom de la justice proclamée, la réponse éclate, nue, obscène :
« Mort aux Juifs ! »

Nous y voilà.
Au terme du vacarme, le gouffre.
La vieille haine, intacte, inversée par les mots les plus nobles.

Et maintenant ?
Que disent, que font les « gens du bien » ?
Et maintenant, que faisons-nous ?

Références :
Citation : Si je ne suis que pour moi, que suis-je ? Hillel Hazaken
Gravure : Melencolia, Albrecht Dürer, 1514. Collection du musée du Louvre.

Célébration : Natacha Quester-Séméon – Salomon

L’Univers est plus profond que le jour ne l’a pensé, écrit Nietzsche dans Zarathoustra.
Natacha est née dans cette profondeur, et avec elle. Profondeur d’âme, profondeur d’esprit. Aussi loin que remontent mes souvenirs, des étincelles jaillissaient déjà en elle — étincelles de détermination, de persévérance, de responsabilité. Elle se disait au service de la Vie, du bien commun, de l’humanité. Toujours en veille, toujours en mouvement, portée par le vaisseau-mère Gaïa, elle a grandi fidèle au désir le plus intime de son cœur, et à l’humanisme transmis par sa mère, qui la berçait en lui murmurant :
« In fine, ma princesse, je ne peux vraiment te donner que trois choses : de l’Amour, des racines et des ailes. »
Et c’est bien cela qu’elle a reçu en héritage : des racines nombreuses et des talents pluriels.

De notre ami Aron Lustiger, elle a reçu la Parabole des talents comme on reçoit une lumière. Elle en a fait sa boussole de responsabilité, son fil d’or, et cette parole continue de la guider aujourd’hui encore. Du collage de timbres pour les lettres d’Amnesty International aux manifestations humanistes, écologistes ou féministes, elle était là. Toujours. Présente, espiègle, indomptable, animée d’une joie profonde et d’une nostalgie secrète — nostalgie de la lumière, peut-être — qui ne l’ont jamais quittée.

Il y aurait tant à dire… et pourtant, à un moment, il faut aussi accepter le silence.

Le 18 novembre 2025, elle a reçu des mains de celui qu’elle avait choisi, son « tonton » adoré Jean-Michel Blanquer, la médaille nationale du Mérite, couronnant — c’est rare ! — trente années de service d’intérêt général. Trente années… autrement dit, depuis l’âge qu’elle avait sur cette photo où on la voit, minuscule, portée lors d’une manifestation féministe parce qu’elle ne pouvait pas encore suivre les longues marches.

Alors, avec un cœur plein de gratitude et les larmes aux yeux, je veux célébrer, rendre hommage et témoigner de mon admiration infinie pour cette enfant déjà engagée, et pour cette femme qui n’a jamais trahi le rêve, ni la force, ni la pureté de cette petite fille. Deux photos, deux éclats d’une existence tout entière tournée vers l’action et le service.

Et la vie est encore devant elle ! En hébreu, le mot « vie » se dit H’aïm (חיים), un mot dont la particularité est de n’exister qu’au pluriel. Nos vies sont plurielles, tissées de multiples chemins. Natacha, déjà, a vécu plusieurs vies en une seule… et ce n’est qu’un commencement !

Tisser ainsi plusieurs vies demande un grand effort personnel, une non moins grande ouverture du cœur et de l’esprit, la force du chêne et la souplesse du roseau — qui ploie, ondule et danse au gré du vent sans jamais se briser.

Telle est Natacha, ma fille.
Lé’Haïm ! À la vie, Natacha !
Tu as amplement mérité cette reconnaissance de la France. Notre pays bien aimé, notre France des Lumières !