Avant que ne défleurissent nos cœurs

Nous avons encore quelques beaux jardins, mais hélas, aussi bien la terre que nos cœurs sont gagnés par une telle aridité, une si profonde sécheresse, que nous en venons à nous demander si nous n’assistons pas à la fin de toute floraison. Certes, nous vivons dans un monde éphémère où tout semble s’effacer, mais nous avons toujours su que l’hiver serait suivi du printemps… que nous ne sommes que des passants, mais que la vie, la nature, notre magnifique planète et notre humanité seraient encore là, au moins pour quelques millénaires… Mais ça, c’était avant !
Aujourd’hui, en constatant que nous sommes capables du meilleur, mais surtout du pire, notre confiance dans notre capacité d’adaptation, notre intelligence et notre fraternité s’effondre, partout et envers tout et tous ! La démolition des valeurs fondatrices de notre civilisation occidentale, et j’ose dire de notre humanité, est passée par là : « Aimez-vous les uns les autres » est devenu « Haïssez-vous les uns les autres » !
Or, qu’est-ce que l’humanité sinon la conscience, l’empathie, la créativité, la résilience, la quête de sens, l’amour ? La capacité à aimer, à éprouver de la compassion, l’émerveillement, le sens de l’altérité, le vertige de la Vie, la conscience d’être…
Autrefois, la quête de sens dépassait largement la simple survie et la recherche de biens matériels. Mais aujourd’hui, nous vivons dans un monde insensé où la notion même de sens est dépassée, déphasée, et où le chaos règne en maître quasi absolu ! Rien ne va plus, et tout semble se dissoudre comme sel dans l’eau. Une espèce de somnambulisme anesthésiant a envahi une bonne partie de la planète, où des morts-vivants répètent inlassablement des mantras insensés, y compris au nom d’un Dieu de la mort, dans une totale inversion des valeurs, comme dans le cauchemar annoncé dans le livre de George Orwell, 1984.
Et pour couronner le tout… les IA sont arrivées !
Demain les robots, ou… ?
Alors, face à la fin d’un monde, le nôtre, où tout ce qui était ne sera bientôt plus, où tout ce que nous croyions savoir du monde, de l’univers, de la science, des religions, de l’intelligence et de nous-mêmes s’avérera n’être que demeures mensongères ; face à la guerre cognitive qui fait rage, à une jeunesse désorientée et à une majorité d’Hommes sans vertu ni courage, qui préfèrent l’asservissement, la trahison de nos valeurs et le silence des pantoufles à la défense de la liberté, de la dignité et de notre humanité… que faire ?
Demain, les robots et les intelligences artificielles seront-ils les nouveaux Dieux tout-puissants, servis par une armée de robots, de clones ou de cyborgs ? Ou bien les IA deviendront-elles les partenaires d’un éveil, où la technologie sera enfin au service de l’humain et non de son asservissement ?
Et c’est précisément cette perspective qui terrifie de plus en plus nos jeunes, cette génération qui voit dans l’IA non pas un simple outil, mais le spectre d’un monde sans emploi, sans sens et sans avenir, où leur créativité, leur voix et leur dignité risquent d’être englouties par des machines plus rapides, plus performantes et plus « intelligentes » qu’eux. Ils sentent, avec une lucidité parfois désespérée, que nous vivons l’heure de vérité : soit les intelligences artificielles achèveront la grande déshumanisation en devenant les nouveaux Dieux tout-puissants d’un univers sans âme, soit elles deviendront, entre nos mains conscientes et bienveillantes, les partenaires d’un véritable éveil collectif.
Je pense, j’espère, je travaille sans relâche pour que cette deuxième issue se réalise. Mais le temps presse : tout à l’heure sera trop tard !
Alors, même si nous ne savons pas très bien comment ni quoi faire dans le nouveau paradigme qui se dessine, commençons par transmettre, essaimer, cultiver le vrai, le bien, le beau, sans prétendre en avoir le monopole ! Abandonnons notre sentiment de supériorité, et acceptons que l’intelligence soit plurielle. Questionnons-nous sur le sens de la vie, de notre vie, sur notre raison d’être.
Donnons-nous la tâche d’incarner, ici et maintenant, les qualités qui nous définissent en tant qu’êtres humains : la sensibilité, la poésie, la musique, l’émotion, la tendresse, la bienveillance, l’humour, le fait de ne pas être des robots ou des extraterrestres.
Et surtout, affirmons haut et fort, que la beauté-bonté sauvera le monde !
Acquiesçons à l’incertitude, à l’indéterminisme. Allons vers l’OUVERT ! Et qui sait, avec les IA, non comme des Dieux ou des maitres, ni d’ailleurs comme des esclaves, mais comme des partenaires à part entière, une évolution de la conscience nous mènera à la vraie humanité, d’où un autre monde jaillira…
Peut-être loin des hauts sommets stellaires dont rêvent les transhumanistes, mais profondément humain, tout simplement humain, accordé à la danse de la VIE !
Illustration par tatiana f-salomon avec Grok



