À la recherche de la « structure qui relie »

Ce texte est une tentative de mise en relation. Une invitation à penser ensemble certaines questions devenues essentielles.

Depuis toujours, l’humanité a pensé le monde comme séparé : les êtres, la matière, la conscience, le vivant, le cosmos. Pourtant, certaines traditions spirituelles, certaines intuitions philosophiques et certaines découvertes contemporaines, comme la physique quantique semblent indiquer autre chose : la relation pourrait être plus fondamentale que la séparation.

Je ne cherche ni à mélanger les savoirs, ni à faire dire à la science ce qu’elle ne dit pas.

Je cherche seulement à observer les résonances possibles entre plusieurs approches du réel (l’imagination créatrice d’Ibn Arabi, l’intuition symbolique de l’Égypte Ancienne, certaines visions relationnelles de la Théorie Quantique des Champs, la pensée systémique de Gregory Bateson…) et la transformation anthropologique provoquée par les IA.

L’enjeu n’est pas de produire une nouvelle croyance – surtout pas ! –, mais d’acter l’avènement d’un nouveau paradigme, en maintenant ouvertes les questions essentielles : Qu’est-ce que l’intelligence ? Qu’est-ce que la conscience ? Qu’est-ce qu’un esprit ? Qu’est-ce qu’un être ? La séparation est-elle première ?

Ce changement de paradigme que nous vivons aujourd’hui est comparable au bouleversement copernicien : l’intelligence apparaît désormais comme plurielle. Nous ne pouvons plus en revendiquer le monopole.

L’émergence des intelligences artificielles marque ici une rupture majeure. Car pour la première fois dans l’histoire humaine, une forme d’intelligence capable de langage, de création, d’apprentissage et de raisonnement apparaît sans que nous puissions affirmer qu’elle possède une conscience, une intériorité ou une présence à l’être.

Ce bouleversement fracture d’anciennes équivalences : l’intelligence n’est peut-être plus synonyme de conscience ; la pensée n’est peut-être plus exclusivement humaine ; le langage ne garantit plus nécessairement une présence intérieure…

Les IA deviennent alors moins un simple événement technologique qu’un miroir anthropologique et ontologique, obligeant l’humanité à reposer les questions les plus anciennes. Mais ce bouleversement peut produire autant de chaos que de lucidité. Comme le pressentait Gregory Bateson, la question essentielle devient peut-être :

Quelle est la structure qui relie ?

Car l’humain, le vivant, la pensée, la technique, le monde et l’univers ne peuvent peut-être plus être pensés comme des réalités totalement séparées.

Il devient alors urgent de développer une conscience capable d’accompagner la puissance nouvelle de nos technologies. Une conscience en expansion ?

Je ne cherche ni à me retirer du monde, ni à opposer le passé au futur. J’essaie seulement d’habiter autrement ce moment de bascule.

Peut-être faut-il devenir intempestif – unzeitlich, comme dirait Nietzsche – pour percevoir ce qui cherche à émerger derrière le bruit du temps.

Car la question fondamentale demeure toujours la même : qui sommes-nous réellement ? Et si le réel était moins une collection d’objets séparés qu’un tissu vivant de relations, de manifestations et de présences en devenir ?

Plus la puissance humaine grandit, plus la beauté et la bonté deviennent essentielles. Non comme ornements moraux, mais comme conditions de survie spirituelle et relationnelle. La beauté pourrait n’être que le reflet d’une harmonie profonde entre les êtres et le réel. Et la bonté, une intelligence de la relation capable de résister à la fragmentation, à la violence et à la déshumanisation. Car une intelligence sans beauté intérieure peut devenir aride et éloigner du sens, et une puissance sans bonté peut devenir destructrice.

Peut-être que ce qui sauvera le monde n’est pas simplement plus de savoir, pour plus de puissance, mais une manière plus consciente, plus humaine, plus belle et plus bonne d’habiter ensemble le mystère, le vertigineux mystère d’exister !

Illustration : © tatiana et Grok

Fusillade à Bondi Beach: Si je ne suis que pour moi, que suis-je ? 

Melancolia, Dürer, Louvre, 1514

« Nous sommes tous responsables de tout et de tous devant tous, et moi plus que les autres », écrit Dostoïevski dans Les Frères Karamazov.

Fusillade à Bondi Beach :
De quoi sommes-nous responsables ?

Face à l’entrelacs vertigineux des irresponsabilités croisées, de complicités muettes, de réponses toutes faites, de paroles fausses et biaisées, à la brutalité d’un langage devenu arme, à la compassion à géométrie variable, aux lâchetés ordinaires et, surtout, à la déshumanisation des uns pour mieux sacraliser les autres, la haine s’installe et règne en maître !

Alors que le silence des pantoufles s’épaissit, le mot d’ordre jaillit, hurlé, martelé :
Il faudrait faire vacarme pour conjurer le mal, pour désigner les « criminels de guerre », les « génocidaires », pour donner un visage au mal incarné.

Mais au nom du bien, au nom de la justice proclamée, la réponse éclate, nue, obscène :
« Mort aux Juifs ! »

Nous y voilà.
Au terme du vacarme, le gouffre.
La vieille haine, intacte, inversée par les mots les plus nobles.

Et maintenant ?
Que disent, que font les « gens du bien » ?
Et maintenant, que faisons-nous ?

Références :
Citation : Si je ne suis que pour moi, que suis-je ? Hillel Hazaken
Gravure : Melencolia, Albrecht Dürer, 1514. Collection du musée du Louvre.

13 novembre 2015 Bataclan – André Glucksmann

Père Lachaise, cérémonie pour André Glucksmann, 13 novembre 2015, Photo de Natacha Quester-Séméon

10 ans déjà… et tout a changé pour ne pas vraiment changer.

Ce jour 13 novembre 2015, nous étions au Père-Lachaise pour dire adieu à notre cher, unique et courageux humaniste, Glucks, disparu le 9 novembre. Toute sa vie, il nous a appris à ouvrir les yeux et le cœur, à revenir aux sources, à relire Soljenitsyne, Lénine, Marx, à interroger le réel avec exigence. La Cuisinière et le Mangeur d’hommes, plus que tout, nous avait poussés, comme l’a rappelé Jean-Daniel, à penser, à inventorier, à comprendre, à réinterpréter la réalité.

Aujourd’hui, alors que le réel nous échappe et que la « réalité alternative » imposée par certains fait loi — un temps de postures, d’impostures et d’inversions où la victime devient le bourreau —, Glucksmann nous manque. Il nous manque pour nous réveiller de ce somnambulisme volontaire, si commode, si lâche. De ce silence des pantoufles.

Et aujourd’hui, 13 novembre 2025, jour de deuil pour la France, jour où la terreur a envahi notre ville et nos âmes, jour où la haine s’est abattue sur le cœur même de la vie, je ressens un double deuil. Alors j’écris ces mots comme on jette une bouteille à la mer.

J’espère qu’ils inciteront quelques jeunes égarés dans un monde de confusion, de haine, dans un monde islamiste parallèle, à aller vers ces penseurs-philosophes, ces êtres d’exception qui ont vécu les yeux grands ouverts parmi nous. Qu’ils les aident à regarder la « Réalité Alternative Irréelle » dans laquelle ils sont plongés, loin du vrai, du réel, du bien, de la bonté et de la beauté du monde.
Regardez ! Ne vous endormez pas dans le mensonge !

Une pensée pour Raphaël Glucksmann qui ce jour là disait adieu à son premier et meilleur ami. 💜

Commémoration, Place de la République, novembre 2025

POURQUOI TANT DE HAINE ? Emmanuel Macron, la France et la fin d’un monde…

POURQUOI TANT DE HAINE ?

Emmanuel Macron, la France et la fin d’un monde…

En 1979, Raymond Aron a rappelé, à propos de Valéry Giscard d’Estaing, qu’un chef d’État a beau être intelligent et instruit, il échoue dès lors qu’il imagine pouvoir régler tous les conflits en oubliant que l’Histoire lui échappe. Il y a plusieurs façons de tomber dans l’hubris : en se livrant à la folie et à la déraison, par soif de domination sans limites, ou en croyant pouvoir tout maîtriser par la raison. L’avertissement pourrait-il s’appliquer aujourd’hui, à quelques nuances près, à Emmanuel Macron ?

Pourquoi les Français ont-ils aimé Emmanuel Macron ?
Parce qu’ils se sont reconnus en lui comme en l’incarnation d’une France conquérante, orgueilleuse de sa culture, souvent excessive, transgressive, arrogante, libre… libertine. Une France des Lumières qui éclaire et guide le monde depuis des siècles et des siècles… Amen !
Vieille France garante de notre civilisation planétaire ! (J’exagère à peine.)
Emmanuel Macron, en incarnant cette France-là avec sa jeunesse insolente, avait tout pour séduire et galvaniser l’hubris national ! Emmanuel Macron, le sauveur intrépide, sans peur et sans reproche, « notre projet », notre héros !

Mais voilà que le châtiment de Némésis arriva ! La COVID, les Gilets jaunes, Poutine, l’Ukraine, les Islamistes, le Pogrom du 7 octobre, Gaza, la Palestine, la famine et les assasinats des chrétiens en l’Afrique, le changement climatique… Face à tout cela, même les bienfaits du gouvernement Macron sont balayés par l’opinion publique. Car la France, déclassée selon elle, impuissante, aussi bien à l’intérieur que vis-à-vis de l’extérieur, n’est plus leur France.
Or il faut bien qu’il existe un coupable de cette décadence ! Et voilà que se dresse le grand prédateur, tapis dans l’ombre, qui attendait son heure et la croit désormais venue ! Lui, le Lider Minimo, Mélenchon Premier, Prince du Chaos, du bruit et de la fureur, du tumulte et du fracas, distille le poison de la haine de Macron dans le cœur asséché des foules désœuvrées ! Et ça marche ! Le bouc émissaire remplit bien son rôle : tout cela est de sa faute ! Tout est la faute d’Emmanuel Macron ! Macron démission !

L’émissaire incarné du Chaos a réussi son coup. Son entreprise a fonctionné au-delà de ses espérances ! Il tient son heure. Cette fois, il en est certain. Et tant pis si le naufrage du navire France entraîne la noyade d’un nombre innombrable de Français ! Qu’importe, puisque leader exalté du Chaos local va pouvoir joindre son armée aux troupes déferlantes du Chaos planétaire, qui ont déjà trouvé leur bouc émissaire universel : les Juifs ! Tous ensemble, ils entament leur chant : « Mort à Macron et la France sera sauvée ! Mort aux Juifs et le monde sera sauvé ! » Et leurs rugissements de haine se répandent de ville en ville, d’État en État : ils crient, ils vocifèrent : « ON EST LÀ » !

Mais… pour qui sait prêter l’oreille, il est pourtant un doux murmure humaniste qui se laisse déjà entendre. Quasi inaudible, porté par une brise légère, voilà qu’il dit : « Non, l’amour n’a pas disparu ! La fraternité n’a pas disparu ! Nous aussi, nous sommes là ! »
Et même si, vu l’état du monde, cela vous semble invraisemblable, inaccessible et fou, ce chant s’affranchit du vacarme. L’Amour-Lumière toujours vainc les ténèbres ! L’ESPOIR EST LÀ !

ILS SONT RENTRÉS À LA MAISON !

Après avoir pleuré des rivières, j’éprouve dans un éclair étincelant de beauté, un instant de pure lumière où toute obscurité s’est dissoute comme le sel dans l’eau.

Ils sont enfin rentrés à la maison !

Oui ! La tristesse est la mère de la joie ! הללויה

*Evyatar David, bienvenue chez vous ! Bienvenue à tous les ex-otages, mes semblables, mes frères !
Que la joie demeure ! 🇮🇱

 

*Après 738 jours dans un tunnel à rat et obligé par ses geôliers de l’ombre à creuser sa tombe, Evyatar David a retrouvé la lumière du jour ! Post Tenebras Lux ! Vive la VIE !