La Mort du Clown

HOMMAGE À CAREQUINHA !


18 juillet 1915 / 5 avril 2006

Il est mort le clown, il s’est envolé au moment même où l’aube pointait ses doigts de rose. D’ailleurs, un clown ne meurt pas, il est justement cueilli comme une fleur, car un clown, comme chacun sait, a pour mission l’enchantement cosmique de tous, étoiles comprises !

Inutile de préciser que ce clown n’est pas un simple clown comme il en existe par milliers… « Petit Chauve » était le clown le plus fulgurant, sidérant, extraordinaire de toute la galaxie clownesque, car il était « mon clown à moi », le clown de mon enfance ! Il a vécu 90 ans d’innocence et d’allégresse, dit-on, et je le crois volontiers, d’autant plus qu’il était (qu’il est) — et ce n’est pas moi que le dit — réellement heureux et gai, naturellement heureux et gai ! D’ailleurs pour pouvoir sans répit, jusqu’à avant-hier, faire jaillir à la fois des gerbes d’étincelles des yeux des petits et des moins petits et des carillons de rires et de folles fontaines de pure allégresse, il faut non seulement être « comme un enfant » mais… être D.ieu lui-même … Bon d’accord, disons qu’il faut être comme un Dieu. Et c’est justement cela qu’il était pour celle que j’étais et même pour celle que je suis devenue !

Il aurait aimé être enterré habillée en clown, mais bon, la bêtise des hommes n’a ni limites ni frontière…

http://pt.wikipedia.org/wiki/Carequinha

3 réflexions sur “La Mort du Clown

  1. Bravo pour cet hommage magnifique, qui porte en lui la poésie généreuse du clown au regard de lumière ! Consoler les étoiles avec un nez rouge et un regard d’enfant ! C’est sublime !
    Bom viagem, carequinha ! Et dis à l’univers l’amour des Hommes pour la beauté légère et les sourires du cœur…

  2. Toute émue par votre si tendre hommage, je me joins à Vous.
    Bon saut jusqu’aux étoiles, monsieur Le Clown,
    enchanteur de nos âmes enfantines !

    Le Saut du Tremplin.

    Clown admirable, en vérité!
    Je crois que la postérité,
    Dont sans cesse l’horizon bouge,
    Le reverra, sa plaie au flanc.
    Il était barbouillé de blanc,
    De jaune, de vert et de rouge.

    Même jusqu’à Madagascar
    Son nom était parvenu, car
    C’était selon tous les principes
    Qu’après les cercles de papier,
    Sans jamais les estropier
    Il traversait le rond des pipes.

    De la pesanteur affranchi,
    Sans y voir clair il eût franchi,
    Les escaliers de Piranèse.
    La lumière qui le frappait
    Faisait resplendir son toupet
    Comme un brasier dans la fournaise.

    Il s’élevait à des hauteurs
    Telles, que les autres sauteurs
    Se consumaient en luttes vaines.
    Ils le trouvaient décourageant,
    Et murmuraient: « Quel vif-argent
    Ce démon a-t-il dans les veines? »

    Tout le peuple criait: « Bravo! »
    Mais lui, par un effort nouveau,
    Semblait roidir sa jambe nue,
    Et, sans que l’on sût avec qui,
    Cet émule de la Saqui
    Parlait bas en langue inconnue.

    C’était avec son cher tremplin.
    Il lui disait: « Théâtre, plein
    D’inspiration fantastique,
    Tremplin qui tressailles d’émoi
    Quand je prends un élan, fais-moi
    Bondir plus haut, planche élastique!

    « Frêle machine aux reins puissants,
    Fais-moi bondir, moi qui me sens
    Plus agile que les panthères,
    Si haut que je ne puisse voir
    Avec leur cruel habit noir
    Ces épiciers et ces notaires!

    « Par quelque prodige pompeux,
    Fais-moi monter, si tu le peux,
    Jusqu’à ces sommets où, sans règles,
    Embrouillant les cheveux vermeils
    Des planètes et des soleils,
    Se croisent la foudre et les aigles.

    « Jusqu’à ces éthers pleins de bruit,
    Où, mêlant dans l’affreuse nuit
    Leurs haleines exténuées,
    Les autans ivres de courroux
    Dorment, échevelés et fous,
    Sur les seins pâles des nuées.

    « Plus haut encor, jusqu’au ciel pur!
    Jusqu’à ce lapis dont l’azur
    Couvre notre prison mouvante!
    Jusqu’à ces rouges Orients
    Où marchent des Dieuxflamboyants,
    Fous de colère et d’épouvante.

    « Plus loin! plus haut! je vois encor
    Des boursiers à lunettes d’or,
    Des critiques, des demoiselles
    Et des réalistes en feu.
    Plus haut! plus loin! de l’air! du bleu!
    Des ailes! des ailes! des ailes! »

    Enfin, de son vil échafaud,
    Le clown sauta si haut, si haut,
    Qu’il creva le plafond de toiles
    Au son du cor et du tambour,
    Et, le coeur dévoré d’amour,
    Alla rouler dans les étoiles.

    Théodore de Banville, Février 1857.

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