Lettre ouverte à Jean-Noël Barrot, Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères

Le vendredi 4 septembre 2026, à Paris, lors de la « Fabrique de la diplomatie », Jean-Noël Barrot, Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, interpellé par des étudiants, a déclaré (lien BFMTV) : « De tous les pays du monde, je n’en connais pas d’autres qui aient fait autant pour la cause palestinienne que la France depuis le 7 octobre. » Tatiana F-Salomon, présidente-fondatrice de #JamaisSansElles, lui adresse la lettre ouverte suivante.

Paris, 6 septembre 2026

Monsieur le Ministre,

Je souhaite vous interpeller publiquement à la suite de votre récente déclaration : « De tous les pays du monde, je n’en connais pas d’autres qui aient fait autant pour la cause palestinienne que la France depuis le 7 octobre. » Je crois profondément au dialogue démocratique, à la responsabilité de la parole publique et à la nécessité, dans une période aussi sensible et chaotique, de nommer les faits avec précision.

Je suis présidente d’une association humaniste, féministe et universaliste, et je suis profondément attachée à la dignité de toute vie humaine. Cet attachement implique la condamnation sans ambiguïté du terrorisme et de toutes les atteintes commises contre les populations civiles, y compris des crimes commis dans le cadre d’une guerre.

Il va de soi que je ne conteste en aucune manière la nécessité de porter assistance aux populations civiles, ni celle de rechercher une solution politique permettant aux peuples israélien et palestinien de vivre dans la sécurité, la liberté et la dignité. Ce qui me laisse aujourd’hui dans une réelle confusion est votre formulation : « la cause palestinienne […] depuis le 7 octobre ».

Le 7 octobre 2023 n’est pas une date abstraite, ni un simple repère chronologique dans l’histoire du conflit israélo-palestinien.

Cette date est celle d’une attaque terroriste perpétrée par le Hamas en Israël, au cours de laquelle, avec une barbarie et une inhumanité abondamment documentée et revendiquée par les auteurs eux-mêmes, des civils ont été massacrés, violés et des personnes prises en otage. Elle constitue également, pour de nombreux Juifs en France et dans le monde, mais plus généralement pour tout citoyen attaché à l’idée de justice et d’humanité, une blessure profonde et toujours vive.

C’est pourquoi je souhaiterais comprendre ce que vous avez précisément voulu exprimer en faisant du 7 octobre le point de référence de l’action française en faveur de ce que vous nommez « la cause palestinienne ».

Trois questions me paraissent, à ce titre, devoir être posées clairement.

Que recouvre exactement, dans vos propos, l’expression « cause palestinienne » ?

Sur quels critères repose votre affirmation selon laquelle aucun autre pays n’aurait fait autant que la France pour cette cause depuis le 7 octobre ?

Enfin, comprenez-vous qu’il soit difficile de ne pas entendre dans votre déclaration l’idée que les événements du 7 octobre eux-mêmes auraient marqué le point de départ d’une action spécifique de la France en faveur de cette cause palestinienne qui, quoi que recouvre l’expression, aurait donc quelque chose à voir avec les événements en question.

Mesurez-vous ce que peut produire l’association, dans une même phrase, de la date du 7 octobre et de l’expression « cause palestinienne » auprès de citoyens pour lesquels cette date demeure indissociable du massacre de civils, des prises d’otages et de la violence antisémite – violence antisémite qui s’est d’ailleurs considérablement accrue depuis dans notre pays même, comme attesté par les services de l’État ?

Je refuse d’avoir à choisir entre la mémoire des victimes du 7 octobre et la reconnaissance du droit des Palestiniens à disposer d’un État.

L’universalisme auquel je suis attachée exige, à mes yeux, de tenir ensemble ces deux réalités : sans hiérarchisation des vies, sans relativisation des crimes, sans concurrence des souffrances et sans confusion entre une population civile et le Hamas, qui prétend agir en son nom.

C’est également pourquoi les mots employés par les responsables politiques ont une importance particulière. La diplomatie française peut défendre les droits des Palestiniens et l’existence d’un État palestinien. Elle peut, dans le même temps, affirmer avec la même force la mémoire du 7 octobre, la lutte contre l’antisémitisme, la condamnation du Hamas et le droit des Israéliens à vivre en sécurité.

Ces positions ne sont évidemment pas contradictoires.

Mais elles nécessitent une parole d’une extrême précision.

Ma démarche n’est ni une mise en accusation, ni une volonté d’alimenter une logique de camps. Elle procède au contraire d’une conviction simple : lorsque la parole de la France touche à des événements aussi tragiques et à des fractures aussi profondes de notre société, l’ambiguïté n’est pas de mise.

C’est pourquoi, Monsieur le Ministre, je vous remercie infiniment de bien vouloir clarifier vos propos.

Car sur ces sujets, plus encore que sur d’autres, chaque mot compte.

Humainement,

Tatiana F-Salomon
Présidente-fondatrice de #JamaisSansElles, et des « Humains Associés ».

Photo : Le Penseur, de Rodin, Musée Rodin Paris.

7 octobre

 

#7Octobre : voilà deux ans, une éternité, que l’impensable s’est produit ! Plus jamais ça ! se convainquaient les bonnes consciences. Et puis… sortie de son antre, de la plus profonde obscurité, de l’abîme de nous-mêmes, revoilà la bête immonde ! Elle tue, viole, massacre, brûle et, triomphante, ivre de joie, les mains en l’air, teintées du sang chaud des innocents, elle danse et chante en psalmodiant le nom de son dieu, la grandeur de son dieu ! Elle kidnappe ses « proies » pour en faire une marchandise d’échange – mortes ou vivantes, le prix est le même, car la marchandise est rare et précieuse. Le pogrom programmé se concrétise !

Depuis l’obscurité de ses abysses, petit à petit, elle enveloppe la planète. Inversion des valeurs, les ténèbres deviennent lumière et les lumières ténèbres. Aujourd’hui le mal est le bien, et le diviseur est devenu celui qui relie les humains égarés ! Tous ne sont pas atteints, mais la peur les paralyse ! OUI ! il y a deux ans, une éternité, le pire de nous-mêmes s’est réveillé, l’inhumain est de retour un peu partout sur la face de la Terre. Des guerres, des massacres, des cris de haine à peine articulés par des foules innombrables s’élèvent… Au nom d’un dieu !

Je pense d’abord aux enfants, à tous les enfants qui souffrent des guerres, des famines, des massacres, à toutes les femmes violées, enfermées, niées par des fous d’un dieu partout sur la planète, et aussi au petit nombre d’hommes qui se battent au milieu de cet enfer et qui meurent pour qu’elles puissent vivre ! Pour que vive l’humanité, la vraie !

Aujourd’hui je pense à nous, à notre humanité déshumanisée, perdue, égarée dans l’obscurité et dans le chaos ! Je pense particulièrement à vous, #Ariel et #Kfir, et à tous les enfants d’Israël, et je vous demande pardon de ne pas avoir pu empêcher le retour de la bête immonde parmi nous ! Israël est encore une fois le bouc émissaire, la cible première de la bête, mais au nom de son alliance avec la lumière, #ISRAËL résiste et résistera à l’obscurité, aux ténèbres de l’ignorance et de la division !

Oui ! le combat continue et nous avons la certitude que, à chaque attaque, la lumière vaincra les ténèbres ! Et comme de nos ancêtres, ainsi soit-il de nos successeurs et de nous-mêmes, je confirme mon engagement : Vive la VIE et que la lumière soit !

Tableau : Ernst Fuchs

 

Le 8 octobre 2024 le jour d’après

Je ne m’étais jamais vraiment sentie juive, mais humaine, simplement humaine. Ma mère, l’ainée d’une famille qui a toujours tout fait pour cacher ses origines juives, avait la peur au ventre. C’est d’ailleurs l’une des raisons de mon exil familial. À sa disparition, j’ai pris la décision d’assumer pleinement l’héritage de notre judéité, et d’ajouter à mon nom de famille celui de mon arrière-grand-mère. Sans m’y attarder davantage…

Et puis est arrivé le jour maudit de l’abomination et de la désolation : le pogrom du 7 octobre 2023, perpétré par le Hamas-ISIS en Israël. Depuis ce jour maudit, qui a duré toute une année, je crie, j’assume, je revendique cette identité – moi qui, pendant toute la durée de ma longue existence, ai toujours refusé de me déterminer, de me définir, de me fixer une appartenance autre qu’humaine, de m’identifier à quoi que ce soit.

OUI ! Face à cet impossible deuil, face à la présence de l’inhumanité au cœur même de l’humanité, j’assume pleinement ma judéité, car pour moi, la judéité est tout simplement l’autre nom de l’humanité !

La Lumière vaincra les ténèbres. D’ailleurs, en regardant bien, nous pouvons déjà voir qu’une aube nouvelle approche et pointe à l’horizon lointain… Mais son déploiement dépend absolument de nous. Ici et maintenant.
Le combat continue ! #JeSuisDebout #AmIsraëlHaï
Liberté, Égalité, Fraternité, Laïcité
Vive L’humanité et Vive La VIE ! 

 

Hannah, est-ce que tu m’entends ? Où que tu sois, lève les yeux ! Lève les yeux, Hannah !, par Charlie Chaplin

Je dis à tous ceux qui m’entendent : Ne désespérez pas ! Le malheur qui est sur nous n’est que le produit éphémère de l’avidité, de l’amertume de ceux qui ont peur des progrès qu’accomplit l’Humanité.

Mais la haine finira par disparaître et les dictateurs mourront, et le pouvoir qu’ils avaient pris aux peuples va retourner aux peuples. Et tant que les hommes mourront, la liberté ne pourra périr. Soldats, ne vous donnez pas à ces brutes, ceux qui vous méprisent et font de vous des esclaves, enrégimentent votre vie et vous disent ce qu’il faut faire, penser et ressentir, qui vous dirigent, vous manœuvrent, se servent de vous comme chair à canons et vous traitent comme du bétail. Ne donnez pas votre vie à ces êtres inhumains, ces hommes-machines avec des cerveaux-machines et des cœurs-machines. Vous n’êtes pas des machines ! Vous n’êtes pas des esclaves ! Vous êtes des hommes, des hommes avec tout l’amour du monde dans le cœur. Vous n’avez pas de haine, seuls ceux qui manquent d’amour et les inhumains haïssent. Soldats ! ne vous battez pas pour l’esclavage, mais pour la liberté !

Il est écrit dans l’Evangile selon Saint Luc « Le Royaume de Dieu est au dedans de l’homme », pas dans un seul homme ni dans un groupe, mais dans tous les hommes, en vous, vous le peuple qui avez le pouvoir : le pouvoir de créer les machines, le pouvoir de créer le bonheur. Vous, le peuple, en avez le pouvoir : le pouvoir de rendre la vie belle et libre, le pouvoir de faire de cette vie une merveilleuse aventure. Alors au nom même de la Démocratie, utilisons ce pouvoir. Il faut nous unir, il faut nous battre pour un monde nouveau, décent et humain qui donnera à chacun l’occasion de travailler, qui apportera un avenir à la jeunesse et à la vieillesse la sécurité. Ces brutes vous ont promis toutes ces choses pour que vous leur donniez le pouvoir – ils mentent. Ils ne tiennent pas leurs promesses – jamais ils ne le feront. Les dictateurs s’affranchissent en prenant le pouvoir mais réduisent en esclavage le peuple. Alors, battons-nous pour accomplir cette promesse ! Il faut nous battre pour libérer le monde, pour abolir les frontières et les barrières raciales, pour en finir avec l’avidité, la haine et l’intolérance. Il faut nous battre pour construire un monde de raison, un monde où la science et le progrès mèneront vers le bonheur de tous. Soldats, au nom de la Démocratie, unissons-nous !

Hannah, est-ce que tu m’entends ? Où que tu sois, lève les yeux ! Lève les yeux, Hannah ! Les nuages se dissipent ! Le soleil perce ! Nous émergeons des ténèbres pour trouver la lumière ! Nous pénétrons dans un monde nouveau, un monde meilleur, où les hommes domineront leur cupidité, leur haine et leur brutalité. Lève les yeux, Hannah ! L’âme de l’homme a reçu des ailes et enfin elle commence à voler. Elle vole vers l’arc-en-ciel, vers la lumière de l’espoir. Lève les yeux, Hannah ! Lève les yeux !

Extrait : Chaplin : Le discours final du Dictateur
Pour le texte original en anglais : The Final Speech from The Great Dictator