Viens dans l’Ouvert, ami !

Il fait sombre, l’air est sans voix, on se croirait revenu à l’âge du plomb…

Dans La Promenade à la campagne, Hölderlin évoque la grisaille d’un ciel couvert. Cette élégie inachevée, écrite au tournant du XIXᵉ siècle, résonne avec notre actualité : temps de plomb, de détresse et d’incertitude. Temps de fureur et de revendications. Temps de haine et de divisions !

C’est précisément parce que l’air est sans voix et que le présent est de plomb que l’invitation à briser cette torpeur devient vitale.

UNISSONS-NOUS !

Face à la détresse du monde, prenons-nous par le bras, amis ! Le salut ne se trouve pas dans la solitude. Le partage et le lien humain nous permettent de traverser la froideur de l’époque, le déchaînement de la haine et de la fureur.

Cette invitation m’évoque aussi l’image d’une source cachée sous le gel. Même lorsque tout semble figé, pétrifié par le plomb et l’hiver, la vie continue de couler sous la glace. Sachons en entendre le murmure.

Brisons la glace, n’ayons pas peur ! Osons la VIE, la fraternité, le combat pour nos valeurs humanistes et républicaines !

Ressaisissons-nous ! Car, comme le disait Elie Wiesel, « le contraire de l’amour n’est pas la haine, c’est l’indifférence ».

Alors, avec Hölderlin, risquons le pas rêvé ! Délions nos langues, retrouvons la parole, ouvrons nos cœurs. Faisons vivre cette fraternité qui nous permet de tenir debout et d’agir ensemble.

Notre part est là : défendre la dignité humaine, transmettre nos valeurs humanistes et républicaines, donner corps à la solidarité. À chacun d’y prendre sa part, dès aujourd’hui.

Sortons du silence ! Prenons la parole, refusons les discours de haine, soutenons ceux qui rassemblent, engageons-nous dans la vie de la cité. Faisons entendre nos exigences et nos convictions, pas seulement dans les urnes.

La fraternité demande du courage, de la présence et des actes. Ne laissons pas notre inquiétude se transformer en résignation, ni notre colère nous faire renoncer au discernement.

Aux actes, amis ! Agissons maintenant. Osons la VIE.
Que notre fraternité devienne une force agissante !

« C’est pourquoi je garde l’espoir, quand nous aurons risqué
Le pas rêvé, et d’abord délié nos langues
Et trouvé la parole, et notre cœur épanoui,
Quand du front ivre une autre raison jaillira,
Que notre floraison hâte la floraison du ciel,
Qu’ouverte soit au regard ouvert la lumière. »

Friedrich Hölderlin

Sources

  • Friedrich Hölderlin, « La Promenade à la campagne » (Der Gang aufs Land), élégie inachevée, vers 1800, traduction de Philippe Jaccottet, dans Œuvres, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1967, p. 803.
  • Elie Wiesel, « One Must Not Forget », entretien avec Alvin P. Sanoff, U.S. News & World Report, 27 octobre 1986, p. 68.

Image : Tatiana F-Salomon, image produite avec Mnésis, personne artificielle.

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