Il neige sur Florence


La neige à Florence
Cette présence si ouverte qu’elle disparaît *


Florence s’est mise en robe de fiancée pour nous recevoir.

Saisissement, éblouissant la vue, de cet espace que nous connaissions ouvert à la beauté du monde, étincelant de blancheur et rempli du tintement cristallin des sourires des jouvenceaux. J’appris plus tard que cette grâce exquise n’a lieu que tous les 25 ans. L’âme bondissante d’allégresse, émue comme seuls savent l’être ceux qui sont comme des enfants, j’ai pensé à tous les êtres humains qui méritaient autant, sinon plus que moi de ressentir cet état de grâce ! Contempler cette ville qui ne s’éclaire que de l’intérieur, s’abandonner dans les bras du vent, danser, virevolter, ivre de joie, avec la lumière!
Cela a eu lieu le jeudi 29 décembre 2005, à 3 heures du matin, pas très loin de l’aurore !

DISCOURS SUR LA DIGNITÉ DE L’HOMME, PAR PIC DE LA MIRANDOLE

J’ai lu, pères très honorables, dans les textes des Arabes, qu’Abdallah le Sarrasin, à qui on demandait ce qui, en ce monde qui est presque une scène, était le plus admirable à voir, avait répondu qu’on ne pouvait rien observer de plus admirable que l’homme. (…présentation de l’homme ; récit commenté de la Création… ) Le Grand Artisan décida enfin que celui à qui il ne pouvait rien lui donner en propre, aurait en commun tout ce qui avait appartenu en particulier à chacun. Aussi, il reçut l’homme comme l’œuvre d’une image indistincte, et l’ayant place au milieu du monde, lui parla ainsi :

« Je ne t’ai donné ni une place définie, ni une apparence propre, ni aucun rôle particulier, ô Adam, afin que tu prennes et possèdes la place, l’apparence et les rôles que tu auras souhaité toi-même, par v¦u et par ton propre avis. Tous les autres êtres ont une nature définie, contenue à l’intérieur de lois par moi prescrites. Toi, qui n’es enfermé dans aucun chemin étroit, tu te définiras ta nature en fonction de ton bon vouloir, en les mains duquel je t’ai placé. Je t’ai mis au milieu du monde, afin que de là tu regardes plus commodément autour de toi tout ce qui est dans le monde. Je ne t’ai fait ni céleste ni terrestre, ni mortel ni immortel, afin que, comme si tu étais ton propre juge et digne de te juge, peintre et sculpteur, tu façonnes toi-même ta forme. Tu pourras dégénérer vers les choses brutes du bas, tu pourras renaître vers les choses divines du haut, par le jugement de ton esprit.

Giovanni Pico della Mirandola

L’expression « dignité humaine » a été employée pour la première fois au XVIe siècle par Pic de La Mirandole. Pour dire quoi ? Que la dignité
de l’homme est celle de l’être qui ne se satisfait jamais de la place
qu’il occupe. Et qui toujours avance sur le chemin de la connaissance
et de de l’Amour !

*Jean Mambrino
Photo : © Sacha Quester-Séméon

Firenze

FraangelicoCélébrer
une ville est toujours une entreprise fort hasardeuse et difficile, et
combien plus encore lorsqu’il s’agit de Firenze ! La radicale
subjectivité d’une telle célébration en fait toujours, à quelques
exceptions prés, une ode solitaire et narcissique à soi même ! Avec une
témérité aussi impardonnable qu’inévitable, j’oserai dire, au risque de
tomber dans la banalité la moins poétique, que nul ne peut échapper à
célébrer Florence ! Et celle qui écrit ces lignes encore moins…
Pourquoi ? Parce que comme tant d’autres avant et après elle, elle a
trouvé en Florence l’autre moitié d’elle-même.

Il est
d’ailleurs assez curieux — car bien évidement tout cela n’était
prémédité –, et particulièrement heureux que la célébration de cette
Cité tout enveloppée de poésie, vienne ici juste après la célébration
de Rilke, qui l’a tellement aimée. N’écrivit-il pas que contrairement
à Venise où les palais comme des jolies femmes se reflètent
perpétuellement dans les miroirs des canaux (…) et qui sans doute
n’ont jamais éprouvé d’autre désir que d’être beaux, de faire étalage
de tous ces privilégies et d’en jouir […] à Florence il en va tout
autrement : Florence ne s’ouvre pas comme Venise à l’hôte de passage

Florence
est tout en intériorité, discrète, secrète et néanmoins rayonnante
d’intensité ! Seuls les fideli d’amore les plus éperdus parviennent
s’accorder à son chant lumineux.
Mais une fois gagnée sa confiance,
cette ville humaniste, ouverte à la sublime beauté, s’offre avec une
générosité inouïe à nos coeurs d’enfants émerveillés, telles violettes
après la pluie !!

NB: justement, je suis ce jour en partance
pour Firenze, afin d’y célébrer l’avènement de la nouvelle année. Je la
souhaite à tous à son image.
À bientôt, depuis elle…

Fra Angelico – couvent de Saint Marc de Michelozzo – Firenze

Canti de Laurent le Magnifique

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Canti de Laurent le Magnifique

Quant’e bella giovinezza
che si fuge tuttavia.
Chi vuol’ esser lieto, sia
di doman non c’è certezza

Qu’elle est belle la jeunesse
qui pourtant s’enfuit.
Qui veut être heureux, sache
qu’on n’est sûr du lendemain

 

Photo de Natacha Quester-Séméon Alpilles Sud/Toscana Française

SAYED IDRIES SHAH

Comme le dit si finement Michel Tournier : Il n’a rien de tel que l’admiration. Exulter parce qu’on se sent dépassé par la grâce…
Ce blog n’a pas d’autre intention que celle de célébrer l’amitié, le partage d’admiration, le sublime, en somme !
Le premier post est un hommage à Etienne Parizot qui réussi avec grâce à faire coïncider ces deux « opposés » que sont la Science et la Poésie.
Le deuxième, célébration exige, est un clin de coeur à Michel Cassé qui le premier a su entendre et faire parler la Nostalgie de la lumière et ainsi nous transmettre le chant poétique des étoiles.
Entre deux, comment exprimer l’indicible grâce de Natacha Quester-Séméon et de ses jaillissements de lumière qu’elle appelle photographie.
Aujourd’hui je voudrais célébrer, un maître, un Ami, le jardinier cosmique Sayed Idries Shah, qui au cours de son séjour parmi nous, a ensemencé tant de terres intérieures que grâce à lui du cœur de la nuit obscure, des étoiles nouvelles voient le jour pour le plus grand bien de l’humanité.

Sayed Idries SHAH, Maitre Soufi d’origine afghane, est né en 1924 à Simla (Inde), mort à Londres en 1996.
http://www.humains-associes.org/No8/HA.No8.Habitants.html
http://www.octagonpress.com/authors/idriesshah.htm

Un soupir d’unité

« Ayant vécu comme science, je me résoudrai en poésie. »

« La littérature, dit Nabokov, est née le jour où un jeune garçon a crié `au loup, au loup’, alors qu’il n’y avait aucun loup derrière lui. »

L’astronomie a surgi de la dune, non de l’imagination fertile d’un savant philosophe, mais bel et bien de l’esprit d’observation de quelque nomade illettré, sans aucune autre ambition qu’un bol de lait et une poignée de dattes, à moins que ce ne soit de l’esprit d’orientation de quelque pêcheur aux mains caleuses, ou de quelque marchand intrépide. Le pas des bergers et le sillage des chaloupes s’inscrivirent dans les constellations. Et se guidant aux étoiles, l’esprit du voyageur survécut au voyage.

Ce que l’horloge est au temps, la grille de coordonnées le devint à l’espace. Et la distance devint nombre aussi bien que le temps. Le calcul put offrir aux hommes un second oeil, plus lucide que l’oeil du voir. L’astrophysique naquit lorsque Galilée, pointant sa lunette vers la Lune, y vit des montagnes. Selon son propre dire, la Lune est terreuse. Il est tentant d’inverser la proposition et de dire que la Terre est céleste. Ce qui est ici, est comme ce qui est là-bas. Ce qui n’est pas ici n’est nulle part.

Les lois matérielles du ciel sont celles de la Terre. Par conséquent le ciel est intelligible. Les lois invisibles gouvernent le monde visible, sur la Terre comme au ciel. Les forces furent exhaussées au-dessus des choses, et les lois furent exaltées au-dessus des forces.

Le destin de la tragédie grecque s’effaça devant l’ordre de la nature. Les lois de la physique devinrent les nouveaux décrets du destin. Le premier Newton unifia la physique de la Terre et du ciel. Maxwell, le second Newton, montra que la lumière peut être décrite comme une tresse d’électricité et de magnétisme. Einstein, le troisième Newton, maria l’espace et le temps, et égala matière et énergie. Weinberg et Salam, le quatrième à eux deux, établirent l’identité formelle des interactions électromagnétiques et faibles. La cosmologie, école du Dehors, et la physique des particules, école du Dedans, formèrent une seule et même école. L’ambition avouée de la physique depuis, est l’édification d’une théorie unitaire des forces maîtresses de la nature…

Au dire du physicien, les quatre interactions, forte, faible, électromagnétique et gravitationnelle, n’en faisaient peut-être qu’une à l’origine. Mais lorsque le nombre d’objets tend vers un, le langage tend vers un zéro. La physique ne va-t-elle pas vers son extinction, une extinction de voix?

À l’oeil sec des télescopes, l’Univers se présente éparpillé et en fuite. En fuite sont les galaxies et elles rougissent de vitesse. Sociétés d’étoiles, elles s’éloignent d’autant plus rapidement qu’elles sont éloignées. Quelle rage froide d’expansion a saisi l’Univers? Qu’est-il advenu de l’être pour qu’il invente l’astrophysique, les neutrinos et la matière noire? Et qu’elle est cette mer dont les neutrinos sont le rivage?

Le big bang est si beau que je me permets d’en douter. Nous les cosmologues, nous ne sommes pas les astrologues de la science. Nous voulons servir la raison et non l’illusion.

Poètes et physiciens, vous avez même âme et mêmes droits au ciel. L’unité du monde est poétique car l’homme s’exprime avec des symboles.

La poésie et le vrai se confondent, et je déteste le mensonge. Le vrai est poétique. L’illusion ne l’est pas.

Nous allons sur la Lune, mais Eschyle est toujours notre contemporain. Il y avait le choeur chez les Grecs en lequel ils retrouvaient l’un et le multiple. De même, l’Univers n’est qu’un outil pour faire que le spectateur se regarde.

« Ce qui est mystique dit Wittgeinstein, ce n’est pas comment est le monde, mais le fait qu’il est. » Mais le physicien n’a nul besoin de savoir ce que signifie être. Il décrit comment les choses se comportent. La science, de fait, rapporte et coordonne mathématiquement le résultat de l’observation. À bien y regarder, en effet, l’Univers ne donne que de la matière et des situations. L’Univers n’a d’autres sens que celui que lui donne l’humain. La science ne saurait résoudre dans le langage des hommes les problèmes que son langage propre interdit de penser.

Ne cherche pas le salut dans la cosmologie. Elle n’offre rien, rien que des images du plus grand. Si l’homme de science est seulement celui qui sait rendre indispensable les produits de sa rêverie, je prophétise l’échec de la cosmologie.

L’objet possédé comme en songe a toujours le visage du mensonge. La nuit, pure apparente et source de rêverie, est terme relatif. La nuit, c’est le jour vu de dos. Pire: le soleil des neutrinos ne se couche jamais. Arme ton oeil invisible.

Ne crois, comme Pascal, que les histoires dont les témoins se seraient fait égorger. Les métaphores fragiles et envahissantes, le sentiment obscurément poétique et mythique de l’Univers, tu dois les oublier, car la vérité du coeur n’est pas la vérité du monde. L’hypothèse scientifique ne relève d’aucun état d’âme. La relativité n’est pas une mécanique passionnelle, même si on dit souvent qu’Einstein enfant rêva de chevaucher la lumière et que ce rêve lumineux fleurit en théorie. L’hypothèse, longtemps tenue en suspicion est toujours révocable. L’esprit de finesse fuit la preuve pour la présomption, le plausible pour le possible. Le physicien opérera inversement, différents observateurs ont une perception relative de la réalité. Tu substitueras au relativisme de la perception l’absolutisme des lois. La poésie est l’absolu dans les équations.

Examine la toile et l’habit du monde et médite sur l’univers-tisserand et l’univers-tailleur.

Contemple ce que contient l’espace pour en établir l’inventaire. Pèse le ciel et les étoiles pour savoir si l’Univers est ouvert ou fermé, s’il se diluera indéfiniment ou s’il ira vers sa renaissance. Et ton esprit s’infiltrera toujours plus avant dans la jeunesse turbulente de l’Univers, jusqu’aux jours orageux de son enfance. Tu couperas à travers bois vers le zéro du temps.

Après ta mort, ta volonté servira de guide aux nouveaux guetteurs du ciel car l’astronomie est faite de mille vies d’astronomes. Un seul individu interprète l’astronomie au sens de tous. Attachés à la roue laborieuse de la science, ils tournent à l’unisson. Ils passent leur temps à élever des théories et à les abattre, à suer sang et eau dans l’exécution de mille projets, au bout desquels ils n’embrassent que fumée, mais cette fumée est lumière, cette fumée est équation. Les équations qui ont un air aussi innocent que E = mc2 ne révèlent que tardivement leur potentiel explosif. Les ouvriers en formules parlent en termes identiques un langage immuable: le désordre est un ordre caché. Il faut être pur pour les entendre. Ils n’ont d’autres ressources que de rationaliser leurs échecs. Ils extraient les scories, et laissent l’or des lois. Incapables de réfuter leur étrange idéal, affligés de l’esprit de recherche, ils se noient dans la nuit pour naître, alors que d’autres s’y enfoncent pour mourir. Ils ont affronté mille échecs et n’en sont que plus humbles. La fréquentation assidue des étoiles ne les a pas rendus pour autant plus brillants, mais peut-être moins sombres.

Ô nuit qui loge tout en haut, là où les gens ne veulent pas être dérangés; animal qui ne se nourrit que de noir et d’argent, parle pour eux. Parle avec des étoiles.

Michel Cassé
Astro-poète

Photo de Natacha Quester-Séméon, Alpilles-Sud, Mémoire Vive.