Vagabondages sur les Chemins de Traverse…


À chaque pas se lève le vent pur

Dans les replis de l’âme humaine siège une solitude sans arrogance…

« L’oiseau de mer passe
nulle trace sur les vagues
mais cela ne signifie pas
qu’il a oublié la voie. »

D’abord, il ne faut pas confondre « simple en esprit » et « simple d’esprit »…

Ce n’est pas ce monde perceptible qui engendre notre conscience, c’est notre conscience qui le fabrique jusqu’à son extrême matérialité.

Refuser, tout le temps, de se déterminer, de se définir, de se fixer dans une condition, de s’identiffier à elle, c’est déjà s’ouvrir à l’Intemporel vivant.

Il n’y a ni commencement ni fin dans l’Intemporel.

Affranchir la conscience de ce qui la limite est d’autant plus difficile que ces limitations donnent lieu à des agitations que l’on prend pour l’activité.

Ne soyons pas comme des glaçons qui envoqueraient l’eau bouillante.

Peut-on aimer sans comprendre ?

Ce qui est ici est ailleurs, ce qui n’est pas ici n’est nulle part.

Tu sauras qui je suis lorsque je partirai.

« Que celui qui cherche ne cesse point de chercher jusqu’à ce qu’il trouve, et quand il trouvera il sera déconcerté, et ayant été déconcerté, il sera émerveillé. »

Tous les jours est dans l’Aujourd’hui.

Mais quelle est cette énergie qui nous anime ?
Quel est son Nom ?
Quelle est sa direction ?
D’où vient-elle ?
Où va-t-elle ?
A-t-elle une volonté propre ?
Un destin ?
Un dessein ?

Quand vous serez dans la Lumière, que ferez-vous ?

Il semblerait que, pour être complet, c’est-à-dire plus que sa personne, plus que le rôle qu’il joue dans le théâtre social, l’homme doit être poète.

Et le poète, dans sa trajectoire extra-vagante, quitte le terrain du réalisable pour s’aventurer jusqu’aux confins de l’impossible.

Des vagues blanches se brisent dans le ciel.

Et…

Pour ne pas ajouter des gouttes à la pluie, « Je » m’arrête là…

t.

©estampe: Sesshu – 1420/21/1507

Hommage à L’Ami Maurice Béjart qui s’est envolé à 4 fois 20 ans !

Maurice Béjart est parti faire danser les étoiles

O jour, lève-toi,
Les atomes dansent,
Les âmes éperdues d’extase dansent,
La voûte céleste, à cause de cet Être, danse;
A l’oreille je te dirai où l’entraîne sa danse;
Tous les atomes qui se trouvent dans l’air et le désert,
Sache bien qu’ils sont épris comme nous,
Et que chaque atome heureux ou malheureux
Est étourdi par le soleil de l’âme inconditionnée*

*Djalal Al-dîn Rûmi
Traduction: Eva de Vitray-Meyerovitch

Le soleil est dans mon sein, les étoiles sont dans les plis de mes vêtements.

Le soleil est dans mon sein, les étoiles sont dans les plis de mes vêtements.
Si tu me contemples, je ne suis rien. Si tu regardes en toi, je suis toi-même.
Dans la ville et la campagne, dans le palais et la cabane, je suis la douleur et ce qui l’apaise, je suis la joie infinie.
Je suis l’épée qui déchire l’univers, je suis la source de la vie.
Les Gengis-Khan et les Tamerlan ne sont qu’une poignée de ma poussière.
Le tumulte de l’Europe n’est comparable qu’au moindre de mes échos.
L’homme et son univers ne sont qu’une de mes esquisses,
avec le son de son cœur, je colore mon printemps.
Je suis le feu brûlant, je suis le paradis du Très-haut.
Vois cet étrange spectacle: je suis à la fois immobile et mouvant.
Dans ma coupe d’aujourd’hui, vois se refléter demain.
Vois cachés dans mon cœur mille mondes éclatants,
vois mille étoiles qui roulent et mille coupoles du ciel.
Je suis le vêtement de l’humanité, et la robe de la divinité.
Le destin est l’un de mes artifices, la liberté humaine vient aussi de moi.
Tu es l’amant de Leyla, je suis le désert de ton amour.
Je suis comme l’esprit, au-delà de ta recherche.
Tu es le secret de mon cœur, je suis le secret du tien.
Je me manifeste par ton esprit, je suis caché dans ton esprit.
Je suis le voyageur, et tu es mon but. Je suis le champ, et tu es ma moisson.
Tu es la musique de toute harmonie. Tu es l’esprit de la vie.
O vagabond fait d’eau et d’argile, vois l’immensité de ton propre cœur:
un océan sans borne, contenu dans une coupe.
C’est de tes hautes vagues que s’élève la tempête.

Mohammad Igbal
Message de l’Orient, traduction d’Eva de Vitray-Meyerovitch et M. Achena, Paris, 1956, Les Belles Lettres éd.

Hommage à M33 X-7 ou De ce que nous ne savons percevoir

C’est après un très long périple que le « chez-soi » — habiter à la fois chez soi, en soi et pour soi — se révèle au mortel.*

L’INTERCEPTION

Fil de Lumière entre Cela et Ceci, l’image même du Vide, éternel surgissement… du même.

La Voix qui est la Voie affirme, constate, témoigne de l’immédiateté jaillissante… du même.

Elle dit, ou plutôt, elle cherche à dire son étonnement d’être-là, soudainement là, immobile au milieu du vide, dans le mystère… du même.

L’imperceptible bourdonnement de la Ruche, jaillissement éternel du Réel, invisibilité foncière… du même.

À L’ÉVIDENCE

L’évidence voile !

Seul, l’espace s’éternise !

Entre Cela et Ceci, rien qu’un imperceptible murmure… du même

Entre Soi et soi-même, nulle solitude.

t.

*Philippe Sollers – l’isolé

©Nasa – Représentation du trou noir stellaire M33 X-7 

Viens dans l’Ouvert, ami !

Gay Savoir.
Fol vagabondage.

Bras ballants, bouche bée, interdite d’admiration…
Stupéfaction radicale.
Bonheur suprême, suprême sagesse,
Rien, rien, rien,
Enfin…

Rejetée la peau, cette chose qu’on appelle ‘Moi’.
Ô vide infini !
Face à face, vide et vacuité !

Moi ? Rien qu’un masque…

Il fallait bien porter un masque.

Mais quelle mascarade, in fine !

Viens dans l’Ouvert, ami !

Le vent balaie les nuages, les yeux en font autant…

Il y a voir et voir…
Voir en survolant, en balayant, d’un coup oeil, plus ou moins discret et flou, confusément… et voir attentivement, d’un regard perçant, percevoir, en-visager de l’intérieur ce qu’un paysage, un visage, dévoile.

S’appliquer à voir, regarder afin de voir autrement, voir clairement, profondément, non plus la seule apparence, mais l’intention, l’essentiel, qui est invisible aux yeux mais in-scrit dans l’Ouvert !

Le véritable Voir est celui qui scrute les profondeurs de l’Être et des choses, et ainsi perçoit l’Intention.

Il y a donc un Voir confus qui survole, qui balaie d’un coup de vent et chasse la chose vue… et un Regard attentif, conscient, qui scrute, creuse, plonge au plus profond à la recherche de l’intention, de l’essentiel.

Viens dans l’Ouvert, ami !

t.

© René Magritte, Faux miroir, Moma